févr. 18, 2020
Par Tara Horrill

Sécurisation culturelle : Parlons-nous tous de la même chose?

Messages à retenir :

  • La sécurisation culturelle concerne moins les patients que le personnel infirmier.
  • La sécurisation culturelle n’est pas la même chose que la sensibilisation aux réalités culturelles ou que la compétence culturelle.
  • En intégrant la sécurisation culturelle dans notre pratique, nous pouvons améliorer l’accessibilité aux soins et leur qualité.

Ces dix dernières années, la sécurisation culturelle est devenue un élément important de la pratique infirmière, en particulier dans les soins aux Autochtones au Canada.

Conceptualisée à l’origine par Irihapeti Ramsden, infirmière maorie, la sécurisation culturelle est une façon relationnelle d’aborder les soins infirmiers. De plus en plus, ses concepts s’intègrent au programme d’enseignement des sciences infirmières et à la formation pour le maintien de la compétence au Canada.

Il semble cependant que la notion de sécurisation culturelle soit encore confuse pour certains. J’ai récemment assisté à un congrès sur la santé autochtone, et j’ai été frappée par le nombre de fois où l’expression a été incorrectement utilisée.

Sécurisation culturelle : Ce qu’elle est et ce qu’elle n’est pas

La sécurisation culturelle est née de la reconnaissance du fait que les infirmières et les infirmiers sont souvent les premiers professionnels des soins de santé que rencontrent les patients, et la façon dont ils interagissent avec eux est déterminante dans leur choix de se faire soigner. La sécurisation culturelle attire l’attention sur le déséquilibre dans les rapports de pouvoir au sein des soins de santé et amène le personnel infirmier à réfléchir aux forces en présence dans chaque contexte et à en tenir compte.

La sécurisation culturelle est née de la reconnaissance du fait que les infirmières et les infirmiers sont souvent les premiers professionnels des soins de santé que rencontrent les patients…

Établir des relations fondées sur la confiance et la collaboration entre le personnel infirmier et les patients est également une composante essentielle de la sécurisation culturelle des soins. Dans le contexte des peuples autochtones au Canada, avec notre histoire de colonisation et d’oppression, une façon d’aborder les soins fondée sur la sécurisation culturelle et les relations peut aider à rendre les soins de santé plus accessibles et à améliorer l’expérience des patients dans le système de santé.

On peut aussi toutefois avoir une interprétation plus vaste de la culture, en incluant toute personne ou tout groupe qui diffère de nous, le personnel infirmier, de n’importe quelle façon, y compris par son statut socioéconomique, son genre, son âge, son origine ethnique, son orientation sexuelle, son handicap (ou son absence de handicap) ou sa religion. Lorsque la culture est comprise ainsi, la sécurisation culturelle devient pertinente pour toutes les interactions du personnel infirmier.

D’un point de vue pratique, la sécurisation culturelle est une question de réflexivité. Il s’agit pour les infirmières et les infirmiers d’examiner leurs convictions, leurs valeurs et leurs présomptions au sujet de « l’autre » et les façons dont elles pourraient influencer leur pratique. Il s’agit aussi de réfléchir à la façon dont le pouvoir a créé des inégalités et des injustices dans la vie de certains groupes de gens, y compris les Autochtones au Canada.

Établir des relations fondées sur la confiance et la collaboration entre le personnel infirmier et les patients est également une composante essentielle de la sécurisation culturelle des soins

La sécurisation culturelle ne veut pas dire devenir compétent dans certaines croyances et pratiques culturelles et certains modes de communication entre les cultures; ce n’est pas non plus une question de sensibilité à des croyances différentes. Bien que tout cela soit important, voire bénéfique, il n’y est pas question du rôle du pouvoir dans les relations au sein des soins de santé ni du contexte dans lequel vivent les patients, entre autres les déterminants sociaux et structurels qui influent sur les options qui s’offrent dans une vie, la santé et l’accès aux soins de santé.

Ça commence avec moi

Pourquoi ces différences sont-elles importantes? Parce qu’en tant qu’infirmière, il m’est impossible d’apprendre tout ce qu’il y a à savoir sur une autre culture. Je ne peux pas comprendre ce que c’est que de vivre avec un traumatisme intergénérationnel dû à l’envoi dans un pensionnat. Je ne sais pas ce que c’est que de voir mes problèmes de santé ignorés par un fournisseur de soins de santé.

Mais je peux m’efforcer de comprendre mes croyances et mes hypothèses. Je peux m’efforcer d’établir des relations fondées sur la confiance et la collaboration avec les patients que je soigne. Quand je le fais, je contribue à l’amélioration des soins de santé pour les Autochtones et autres populations laissées pour compte et à l’amélioration de la qualité des soins fournis,et j’aide à garantir des expériences positives dans le système de soins de santé.

Ça commence avec moi.

Ressources additionnelles

Fact Sheet: Cultural Safety (Organisation nationale de la santé autochtone)

San'yas Indigenous Cultural Safety Training

Livre :
Diane Wepa (Éd.). Cultural Safety in Aotearoa New Zealand, 2e édition, Cambridge University Press, 2015.

Tara C. Horrill, B. Sc. inf., inf. aut. est assistante de recherche et doctorante à l’Université du Manitoba, Faculté des sciences de la santé Rady, Collège des sciences infirmières à Winnipeg (Manitoba).

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