Une force politique au service de la santé

Janvier 2016   Commentaires

Teckles Photography Inc.La députée libérale québécoise Eva Nassif était infirmière autorisée au Liban.
Indépendamment de leur affiliation politique, ces députées ont en commun leur expérience en soins infirmiers et leur souci de servir les Canadiens

Quand Eva Nassif franchissait l’un après l’autre les contrôles militaires, échappant de peu aux obus d’artillerie, pour aller travailler à l’Hôpital universitaire américain à Beyrouth, un avenir paisible lui semblait peu imaginable; a fortiori un avenir de députée au Canada.

« Il m’est arrivé à maintes reprises de voir des gens exploser sous mes yeux », se souvient Mme Nassif, qui décrit ses années comme infirmière au Liban, son pays d’origine, pendant la guerre civile (1975-1990). « Même pendant ma formation à l’hôpital, nous faisions souvent des quarts doubles, jour et nuit, pour aider. Je n’en garde pas de bons souvenirs. »

Mme Nassif, dont le père et le frère sont morts pendant la guerre, a obtenu son diplôme en 1986 alors que les hostilités étaient à leur comble. Elle a dû commencer à travailler immédiatement, devenant infirmière de chevet au service d’oncologie.

Si elle était heureuse de pouvoir aider les patients, la charge de travail et la dévastation de son pays étaient trop pénibles pour Mme Nassif. Elle a été contente de quitter le Liban pour venir au Canada en 1993, laissant derrière elle son expérience d’infirmière.

Plus de 20 ans plus tard, après une seconde carrière comme traductrice, elle a été l’une des deux personnes avec une formation en sciences infirmières à être élues au Parlement pour un premier mandat.

Députée libérale représentant la circonscription de Vimy, au Québec, Mme Nassif vit à Laval avec son mari et leurs triplés de 19 ans. C’est à l’Université Concordia qu’elle a débuté en politique, comme membre de l’Association étudiante des cycles supérieurs en traduction de l’Université Concordia, pendant qu’elle y faisait son baccalauréat et sa maîtrise.

Les compétences organisationnelles qu’elle a perfectionnées en soins infirmiers l’ont aidée à recruter plus de 2 000 nouveaux membres du Parti libéral pour appuyer sa nomination. Pendant la campagne, elle a assisté à d’innombrables rencontres communautaires dans sa circonscription et a répondu aux appels de gens qui demandaient de l’aide, même si elle ne les représentait pas encore. « J’étais sur le terrain nuit et jour. » Mme Nassif dit en plaisantant que son expérience de mère et d’infirmière lui a appris à travailler avec quelques petites heures de sommeil.

Teckles Photography Inc.Kamal Khera, députée libérale (Ontario); Christine Moore, députée néo-démocrate (Québec) et Cathy McLeod, députée conservatrice (Colombie-Britannique), dans la Bibliothèque du Parlement
Son premier mois comme députée a été largement consacré à des questions administratives : louer un bureau de circonscription, s’installer sur la colline parlementaire, recruter des employés et louer un logement à Ottawa. Elle est pressée de s’attaquer aux problèmes à titre de parlementaire et de « faire de mon mieux pour les résoudre. »

L’une des collègues libérales de Mme Nassif est Kamal Khera, l’autre nouvelle venue. Âgée de 26 ans, Mme Khera, qui représente la circonscription de Brampton-Ouest, pense être la plus jeune députée de ce Parlement. Elle est aussi infirmière en oncologie, venue tout droit du service d’oncologie du centre de santé St. Joseph’s, à Toronto, où elle a travaillé après avoir obtenu son baccalauréat à l’école de sciences infirmières de l’Université York en 2013. Et elle est fière d’être membre de l’AIIC, ajoute-t-elle.

Née à Delhi, en Inde, Mme Khera est arrivée au Canada avec sa famille à l’âge de huit ans. Comme beaucoup d’autres immigrants, ses parents n’ont pas pu trouver d’emploi dans leur domaine. Ils ont travaillé dans des usines pour faire vivre leurs enfants tout en se consacrant au service communautaire. Ensemble, la famille faisait du bénévolat au temple sikh qu’ils fréquentaient, et c’est ainsi que Mme Khera et sa famille ont embrassé la politique.

À neuf ans, Mme Khera est devenue membre des Jeunes libéraux du Canada et a participé à une campagne fédérale; au secondaire, elle était présidente du conseil des élèves.

C’est alors que son père se remettait d’un anévrisme cérébral, pendant qu’elle était à l’université, que les soins infirmiers sont entrés dans sa vie. « La façon dont le personnel soignant, en particulier les infirmières, s’occupait de mon père… je ne l’oublierai jamais, dit-elle. J’ai su à ce moment-là que je voulais exercer ce métier. »

L’idée de se lancer en politique fédérale est venue à Mme Khera pendant qu’elle faisait du bénévolat pour un centre d’hébergement local pour les victimes de violence familiale, pour les Grands Frères et les Grandes Sœurs de Peel et pour le Centre de toxicomanie et de santé mentale.

« Travailler sur le terrain avec ces organismes a fait naître en moi un besoin de protéger les gens, de les servir, d’être leur porte-parole et d’améliorer leurs soins de santé », affirme-t-elle.

Au Parlement, Mme Khera espère se faire la championne d’améliorations du système de santé afin que l’accent y soit mis plutôt sur la prévention des maladies chroniques. Elle compte puiser dans l’expérience qu’elle a acquise en travaillant au sein d’équipes de soins de santé, parfois dans des contextes difficiles. « Ce métier m’a bien appris à travailler sous pression et à relever tous les défis qui se présentent », estime-t-elle.

En décembre, Mme Khera a été nommée secrétaire parlementaire de Jane Philpott, ministre de la Santé. « Je veux faire en sorte que nous ayons un système de soins de santé robuste et stable sur lequel pourront compter nos personnes âgées ainsi que les générations à venir. »

Trouver des façons de rendre le système de santé plus efficace et efficient est important pour Cathy McLeod, qui représente la circonscription de Kamloops-Thompson-Cariboo en Colombie-Britannique. Députée conservatrice, Mme McLeod a été élue pour la première fois en 2008; elle amorce son troisième mandat. Après avoir obtenu son B.Sc.inf. en 1981 à l’Université Western, Mme McLeod a obtenu une maîtrise en soins de santé primaires internationaux du University College London, en Angleterre. Elle a été infirmière soignante à l’hôpital général de Vancouver et a aussi exercé au sein de communautés rurales et autochtones avant de se lancer dans la gestion de centres de santé communautaires ruraux. Elle a également été mairesse de l’une des localités où elle a travaillé.

« La réforme des soins de santé primaires est devenue une passion, déclare Mme McLeod. Il me semblait que beaucoup des communautés rurales maîtrisaient bien les concepts; elles disposaient toutes d’équipes interdisciplinaires et travaillaient en collaboration. »

L’expérience de la combinaison politique municipale et réforme des soins de santé a fini par l’amener à Ottawa, où elle a siégé au Comité permanent sur la santé et a été secrétaire parlementaire pour Rona Ambrose, qui était alors ministre de la Santé. Elle est fière de son travail avec le comité, entre autres de la recommandation d’un cadre réglementaire pour les cigarettes électroniques et du soutien au plaidoyer de la Commission de la santé mentale du Canada pour l’adoption de meilleures pratiques pour s’attaquer aux problèmes de santé mentale au travail. Elle a par ailleurs poussé pour que le Code canadien du travail soit modifié afin de garantir la protection de la santé et la sécurité des stagiaires non rémunérés.

Mme McLeod juge qu’elle apporte ses compétences en matière de diagnostic et d’écoute dans son travail à la Chambre des communes. Ses journées commencent habituellement par un passage en revue des nouvelles de la journée, puis il y a les votes aux communes, la période de questions, des rencontres avec des organisations et des personnes voulant s’assurer que leurs préoccupations soient bien communiquées au gouvernement et, enfin, le travail avec les comités.

Faire la navette entre Ottawa et une circonscription éloignée est l’un des aspects les plus difficiles du travail de député, estime Mme McLeod, surtout pour ceux qui ont de jeunes enfants. Elle se réjouit que sa plus jeune fille ait déjà eu 19 ans au moment de son élection, car puisque le voyage Ottawa-Kamloops prend 12 heures porte-à-porte, il n’est pas facile de rentrer chez soi toutes les fins de semaine.

L’une des collègues de Mme McLeod au Comité sur la santé était Christine Moore, qui a elle aussi été réélue. Comme Mme Khera, Mme Moore prévoit continuer à exercer en soins infirmiers. Même quand la Chambre siège, elle travaille deux ou trois quarts par mois en soins intensifs à l’hôpital de sa circonscription.

Représentante néo-démocrate de la circonscription d’Abitibi-Témiscamingue, au Québec, Mme Moore explique qu’elle a l’habitude de jongler avec de nombreux rôles. Elle a repris sa campagne neuf jours après la naissance de sa fille, le 8 septembre, et six semaines avant les élections. Réserviste des Forces canadiennes avant de devenir infirmière, Mme Moore considère que ses compétences en matière de gestion du stress et en organisation lui sont très utiles à la Chambre des communes.

« Quand j’ai appris que j’avais gagné, j’étais calme. C’est peut-être un truc d’infirmière, ajoute-t-elle en riant. Nous savons gérer plusieurs choses à la fois ». Pendant la campagne de 2011, raconte-t-elle, elle se levait parfois « à six heures du matin, pour faire campagne jusqu’à 14 heures, puis faire une ou deux heures de route jusqu’à l’hôpital, enfiler l’uniforme qui était bien plié dans la voiture et travailler jusqu’à minuit. »

Autrefois porte-parole adjointe du parti en matière de santé, Mme Moore a été nommée porte-parole en matière de ruralité et pour l’Agence de développement économique du Canada pour le Québec. Elle continuera cependant à s’intéresser aux questions de santé, affirme-t-elle.       « En politique, tant de décisions ont une incidence sur la santé. » Fin novembre, elle s’est rendue en Afrique du Sud pour le Sommet mondial sur la tuberculose.

Peu importe où siègent ces députées à la Chambre des communes, elles ont toutes les quatre porté avec elles, jusque dans leur carrière politique, leur détermination à prendre soin des patients et leur souci constant et profond d’aider les autres.

Laura Eggertson

Laura Eggertson est journaliste indépendante à Ottawa.

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