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JUIN 2010 • PROFIL

Arlene Wilgosh (Photo: Teckles Photography, Inc.)C’est à Minnedosa, à deux heures et demie de Winnipeg, qu’est née Arlene Wilgosh. Environ 2 500 personnes vivent dans cette petite communauté où tout le monde se connaît, y compris sa grand-mère de 82 ans. Dans cette localité des Prairies, la « Vallée du Paradis », Mme Wilgosh a pour la première fois travaillé dans un établissement de soins de santé.

Enfant, Mme Wilgosh savait qu’elle voulait aider les gens. Intriguée par la carrière d’infirmière que menait la mère de sa meilleure amie, elle a fait du bénévolat à l’hôpital de la ville. Elle admet avoir été une inconditionnelle de la série télévisée Dr Kildare, qui a fait de l’acteur Richard Chamberlain l’idole des jeunes. Après avoir reçu un uniforme et des rudiments de formation, elle s’est présentée ponctuellement deux fois par semaine pour des rotations de trois heures. C’était tout simple et modeste, certes, mais c’est ainsi qu’elle a découvert sa vocation.

Dire que Mme Wilgosh a fait du chemin depuis ses débuts en uniforme rayé serait bien en dessous de la vérité : elle est présidente-directrice générale de l’Office régional de la santé de Winnipeg (ORSW). (infirmière canadienne l’a interviewée en avril, six semaines et deux jours après ses débuts dans ce poste). Avant d’accepter ce nouveau rôle, elle a été sous-ministre de la Santé du Manitoba pendant cinq ans. Elle peut se targuer d’avoir été la première infirmière et la première femme de la province à occuper ces postes.

La carrière de Mme Wilgosh a débuté on ne peut plus simplement. Elle a obtenu son diplôme en sciences infirmières au Winnipeg General Hospital en 1974. Pendant plus de dix ans, elle a travaillé au Victoria General Hospital, également à Winnipeg, commençant comme infirmière soignante aux soins intensifs pour éventuellement devenir vice-présidente par intérim des soins infirmiers. Elle n’a jamais oublié les visages d’un ou deux des premiers patients dont elle s’est occupée pendant ces années en soins de première ligne. « Je crois que toutes les infirmières se souviennent de patients et d’événements précis de leur passé », dit-elle.

En ce qui la concerne, ces souvenirs l’ont empêchée de se disperser et lui rappellent pourquoi elle est devenue infirmière. Rester dans les soins de santé pendant 36 ans fut un bon choix pour elle.

La transition vers le volet administratif des soins de santé s’est faite naturellement pour Mme Wilgosh. Elle conserve de bons souvenirs de son premier rôle de « chef de file », celui de grande sœur d’un frère de trois ans son cadet.

Elle sait que, pour certains, elle est un brillant exemple d’infirmière qui a assumé des fonctions de leadership. Cet honneur est mérité. Elle a occupé un nombre impressionnant de postes, dont ceux de directrice générale du Red River Valley Health District, de directrice du groupe de travail Northern/Rural Regionalization, de directrice générale des services de soutien régionaux pour Manitoba Health and Healthy Living, et de sous-ministre adjointe des Affaires régionales au ministère de la Santé du Manitoba.

Elle a aimé ses années au gouvernement, mais elle est heureuse que son nouveau poste la rapproche des patients. Et ils sont nombreux, ces patients.

L’ORSW fournit des soins et des services d’aiguillage vers des spécialistes à plus d’un million de Canadiens. Il s’occupe de patients de la ville et des municipalités rurales avoisinantes, mais aussi de toute la province, du nord-ouest de l’Ontario et même du Nunavut. Mme Wilgosh jongle avec un budget de près de 2,1 milliards de dollars et dirige quelque 28 000 travailleurs de la santé.

Pendant toutes ces heures passées au bureau et en réunions, les soins au chevet des patients lui manquent-ils parfois?

« Bien sûr, dit-elle sans hésiter. Je crois que c’est l’une des raisons pour lesquelles je suis si contente de ce nouveau travail : j’aurai maintenant l’occasion de rencontrer un plus grand nombre de personnes qui reçoivent nos services. »
Elle veut se rendre dans un certain nombre des quelque 200 centres de soins de santé de la région et est bien déterminée à le faire dans les semaines et les mois qui viennent.

Si elle devait se choisir une devise, ce serait sans doute « Chaque situation a six facettes ». « Si vous voulez arriver à faire avancer des projets, résoudre des problèmes et établir des partenariats sans jamais brûler de ponts derrière vous, alors vous devez tenir compte du fait que, surtout dans l’univers complexe des soins de santé, il faut considérer de nombreux aspects différents avant de trouver des solutions », dit-elle. Pourquoi six facettes? Selon une vieille fable indienne, six aveugles rencontrèrent un jour un éléphant. Chacun ayant touché une partie différente de l’animal, ils comparèrent leurs impressions, mais ne s’entendirent pas du tout sur ce qu’est un éléphant : la réalité est fonction de la perspective de chacun.

Elle utilise souvent une autre phrase : « Quelle est la voie qui mène au ralliement? » « Quand on rassemble les bonnes personnes, on reconnait leurs différents points de vue et on cherche une solution commune, je crois que l’on peut obtenir de grands résultats », affirme-t-elle. Récemment, le simple fait de demander comment arriver au ralliement l’a aidée à trouver des points d’entente entre différents groupes d’intérêt lors d’une séance de planification avec l’équipe de direction. « Chacun apporte un point de vue unique en son genre. Écouter les diverses perspectives et travailler ensemble pour nous entendre sur une solution nous a aidés à progresser sur des bases beaucoup plus solides. »

Cette formule devrait être très utile à Mme Wilgosh au cours des prochains mois. Son conseil d’administration a récemment approuvé un nouveau cadre stratégique qui comprend des orientations clés qu’elle devra incorporer aux plans et aux opérations de la région au cours des cinq prochaines années. Elle peut également s’attendre à des difficultés financières en raison du déficit qui menace le Manitoba. Elle prend ces pressions au sérieux et affirme qu’elle continuera à travailler avec le gouvernement et les autres partenaires pour surmonter les difficultés qui se présenteront, tout en continuant à faire de ses patients sa priorité absolue. « Nous devons nous montrer novateurs dans la façon dont nous fournissons les soins tout en restant réceptifs pour profiter des occasions de voir les choses sous un jour différent », déclare-t-elle.

Mme Wilgosh a aussi pour objectif de continuer à élaborer un réseau universitaire solide de professionnels des sciences de la santé, réunissant les univers généralement séparés de la pratique clinique, de la recherche et de l’éducation au sein d’un partenariat entre les universités et les organisations de soins de santé.

Arlene Wilgosh, présidente-directrice générale du plus grand office régional de la santé du Manitoba. (Photo: Courtesy of Winnipeg Regional Health Authority)Avec tout le pain qu’elle a sur la planche, elle dispose d’encore moins de temps qu’avant pour se détendre avec sa famille et ses amis au chalet qu’elle aime tant, au lac des Bois, où elle fait du bateau. La beauté du lac l’aide à tenir et à composer avec les pressions du travail. Mme Wilgosh apprécie énormément le soutien de sa famille : son mari Bernie, policier à la retraite, sa fille, Lauren, et leur chienne Riza, un croisement de Lhassa Apso et de caniche, qui lui assure une dose quotidienne d’exercice.

Quand on lui demande ce qu’elle ferait si on lui tendait une baguette magique capable de réparer le système de santé, sa réponse ne se fait pas attendre : « Je m’assurerais que nous fassions la promotion des styles de vie les plus sains possible pour tous les Canadiens et que nous fassions d’eux nos partenaires pour prendre soin de leur santé et de leur bien-être. »

Mme Wilgosh est profondément consciente du fardeau des maladies chroniques dans tout le pays. « Je pense que nous devons faire mieux en ce qui concerne les grands déterminants de la santé », fait-elle observer, pour ajouter que des défis de santé particulièrement difficiles attendent les populations à risque du Manitoba.

Bien que Mme Wilgosh ait passé la plus grande partie de sa carrière loin du chevet des patients, elle reste très consciente des changements profonds survenus dans les soins infirmiers, en particulier au chapitre de la technologie et des possibilités de recherches en soins infirmiers. « Ça risque de faire un peu cliché, mais je pense vraiment que les infirmières devraient être très fières de ce qu’elles font et reconnaître l’importance de leur contribution pour chaque personne qu’elles aident et dans chaque situation de soins, dit-elle. Parce que les soins infirmiers font intervenir tant de compétences différentes, y compris les sciences, et une compréhension sophistiquée des enjeux sociaux et humanitaires, nous disposons chaque jour d’une formidable occasion d’aider nos concitoyens comme peu d’autres gens peuvent le faire. »

« La contribution des infirmières est précieuse, conclut-elle. Il est important qu’elle soit appréciée à sa juste valeur par le système de santé. »


TARA TOSH KENNEDY EST JOURNALISTE PIGISTE ET ARTISTE A OTTAWA (ONT.).

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