sept. 01, 2011

Une nouvelle députée se lance à fond

Christine Moore passe de la pratique à la politique.

Teckles Photography Inc.Christine Moore est députée de la circonscription Abitibi-Témiscamingue.
 

« Lance-toi à l’eau. » C’est depuis toujours le credo de Christine Moore. « Je n’attends pas que quelqu’un d’autre règle les problèmes : je m’y attaque aussitôt de mon mieux », déclare la jeune femme de 27 ans qui vient de remporter pour le NPD le siège de députée dans Abitibi-Témiscamingue, Québec, lors de l’élection fédérale en mai dernier. C’était sa première expérience en politique.

Le saut vers la politique n’a pas été très difficile pour Mme Moore. Sa formation d’infirmière l’a bien préparée à affronter à peu près toutes les situations, pense-t-elle. Il faut dire qu’elle a déjà dû faire face à d’innombrables situations nouvelles comme infirmière clinique dans le cadre de son service au sein de l’organisation Infirmières et infirmiers sans frontières et comme membre des Forces canadiennes. « Les infirmières savent très bien s’adapter à de nouvelles circonstances parce que leurs décisions reposent sur des faits avérés, sur la science et sur l’éthique », déclare-t-elle.

Elle a servi trois ans dans les Forces armées comme réserviste au 52e Ambulance de campagne (Sherbrooke), où elle a obtenu le rang de caporal. « Chez les militaires, il m’arrivait quelquefois d’être la seule à avoir des connaissances médicales, alors je devais prendre des décisions difficiles sur-le-champ. Mon opinion prévalait sur celle d’un major si, au cours d’un exercice, il disait "Ce soldat n’a pas si mauvaise mine; je ne crois pas qu’une évacuation médicale soit nécessaire". Cette expérience m’a permis d’acquérir la confiance nécessaire pour penser et agir rapidement dans des conditions stressantes. »

Mme Moore estime que sa formation en soins infirmiers, son intérêt de longue date pour la politique et son engagement en faveur de la justice sociale sont complémentaires. Comme députée et comme membre du cabinet fantôme de l’Opposition officielle, elle est enchantée à l’idée de pouvoir désormais influencer des décisions qui pourraient être bénéfiques pour beaucoup de gens. « Plutôt que de conseiller une seule patiente sur sa nutrition, sachant qu’elle n’a pas les moyens de se payer des aliments frais et sains, je peux maintenant œuvrer au niveau macroéconomique sur les déterminants sociaux de la santé, afin d’aider de nombreuses personnes dans le même cas. »

Même si le rapport direct avec les patients lui manque parfois, Christine Moore trouve une satisfaction comparable à aider les électeurs de son comté. « Je les écoute toujours de la même façon que je le ferais comme infirmière. »

Mme Moore attribue sa décision d’embrasser la carrière d’infirmière à une présentation faite à l’école par deux infirmières; elle avait découvert les possibilités innombrables qu’offre la profession au chapitre de la pratique et de la mobilité d’emploi. « J’ai compris que cette carrière me permettrait de travailler n’importe où dans le monde et qu’elle ne m’obligerait pas à vivre dans une grande ville », déclare cette Abitibienne originaire du petit village de La Reine, situé au sud de la baie James, au Québec.

C’est pendant ses études de baccalauréat en sciences infirmières à l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue que l’occasion de travailler à l’étranger s’est présentée. Mme Moore a alors participé à un stage humanitaire pratique dans le village isolé de Thiaré au Sénégal, où elle assurait les services de santé avec d’autres étudiants infirmiers et des membres d’Infirmières et infirmiers sans frontières. Malgré l’environnement radicalement différent, elle s’est vite sentie chez elle. Camper dans le Nord du Québec lui avait toujours plu et comme réserviste elle avait l’habitude de prodiguer des soins avec une simple trousse de fournitures médicales. « Les gens m’offraient une source d’inspiration permanente, raconte-t-elle. Un homme a fait la queue pendant cinq jours pour nous voir, sans jamais se plaindre de cette longue attente. Il était joyeux et reconnaissant, tout simplement. »

Pendant sa carrière d’infirmière, Mme Moore a continué de rechercher le haut degré d’autonomie, de responsabilité et de confiance qu’elle avait connu pendant ce stage pratique sur le terrain. Au Centre de santé et de services sociaux des Aurores-Boréales de La Sarre, au Québec, elle a rapidement gravi les échelons, devenant adjointe de l’infirmière-chef du service chirurgical à peine un mois après avoir obtenu son permis d’exercer.

Les médecins et les infirmières principales du centre ont vite reconnu et encouragé son désir d’apprendre. « Ils m’expliquaient le raisonnement clinique qui sous-tendait leurs décisions, plutôt que de simplement me dire ce que je devais faire. J’ai adoré l’ambiance de collégialité et le mentorat exceptionnel dont j’ai bénéficié dans plusieurs domaines : l’urgence, les soins de longue durée, la réadaptation et, ce que je préfère, les soins intensifs. » Mme Moore a apprécié le défi intellectuel présenté par les cas compliqués, mais elle a aussi beaucoup aimé les liens étroits qui se forgeaient avec les patients et leurs familles quand ils traversaient ensemble une épreuve.

Cette expérience clinique a renforcé sa foi dans la collaboration interprofessionnelle. Elle y voit l’avenir, avec le potentiel de créer pour les infirmières et les infirmiers d’attrayantes possibilités d’apprendre et d’exercer leur leadership. « J’exhorte les jeunes infirmières, en particulier, à s’impliquer et à s’affirmer davantage, tant sur le plan politique que professionnel. Les décisions politiques peuvent avoir un effet profond, et parfois néfaste, à la fois sur les patients et sur les infirmières. Nous devons analyser ces décisions et intervenir quand nos preuves cliniques et notre expérience professionnelle nous indiquent qu’elles sont erronées. »

Mme Moore suit ses propres conseils dans son rôle de critique des achats militaires et de membre du Comité permanent de la Défense nationale. « Dans les Forces, j’ai appris qu’on doit d’abord considérer ses souhaits et ses besoins, puis dresser la liste de ses priorités et enfin progresser graduellement de la première à la dernière. Je suis entièrement d’accord pour fournir un équipement adéquat à nos troupes, mais si l’argent des contribuables est gaspillé, on manquera d’argent pour des choses plus importantes. »

Le système de santé canadien se trouve à un tournant critique, selon Mme Moore. Il faut à son avis s’occuper dès maintenant d’un certain nombre de problèmes, avant qu’ils ne s’aggravent et deviennent d’autant plus difficiles à régler. « Dans le domaine des soins infirmiers, par exemple, nous faisons face à des problèmes très répandus d’épuisement, de surcharge de travail et de conciliation travail-famille – tous des symptômes d’une pénurie nationale d’infirmières et d’infirmiers. Nombre de ces défis sont courants dans toutes les régions du Canada, et pourtant nous ne nous y attaquons que de façon fragmentaire. »

Elle estime que la collaboration entre tous les niveaux de gouvernement est essentielle pour éviter le dédoublement des efforts. « Les ressources pourraient être canalisées pour bâtir un système mieux intégré dont bénéficieraient tous les Canadiens. »

Mme Moore pense que le système de santé pourrait améliorer son efficacité en allégeant les tâches d’administration et de gestion de l’information confiées aux infirmières et infirmiers. « Ce qui semble absent, c’est la volonté politique d’investir aux bons endroits afin que les infirmières et les infirmiers puissent passer moins de temps à remplir des formulaires. Ils pourraient alors mettre à profit leur gamme exceptionnelle de compétences et d’expérience au service du soin des patients, là où ils peuvent faire le maximum de bien. »

Pour s’attaquer à ces problèmes et à tant d’autres dans son nouveau poste, Christine Moore promet de se lancer à l’eau avec un enthousiasme non mitigé et les yeux bien ouverts. « Je suis entrée en politique pour la même raison que je suis devenue infirmière : pour aider les autres. C’est pourquoi il m’est facile de m’y consacrer pleinement. »


10 questions à Christine Moore

Quel mot vous décrit le mieux?

Débrouillarde.

Si vous pouviez changer une seule chose vous concernant, qu’est-ce que ce serait?

Je voudrais pouvoir jouer d’un instrument de musique, mais je n’ai vraiment pas de talent dans ce domaine.

De tout ce que vous avez accompli, de quoi êtes-vous la plus fière?

Mon élection à la Chambre des communes et mon diplôme en sciences infirmières.

Quelle est la chose que les gens seraient surpris d’apprendre à votre sujet?

Que j’ai suivi pendant un an des cours de soudure et de montage.

« Si j’avais plus de temps à ma disposition, je… »

Je ferais plus de sport.

Quel est votre regret le plus vif?

De ne pas avoir connu ma grand-mère maternelle, Hélène, qui est décédée quand ma mère avait 14 ans, longtemps avant ma naissance.

Quel bon livre avez-vous lu récemment?

Anarchy Evolution: Faith, Science, and Bad Religion in a World Without God, de Greg Graffin et Steve Olson.

Quel est le meilleur conseil de carrière qu’on vous ait donné?

De me spécialiser en soins d’urgence et en soins intensifs.

Qu’est-ce que vous appréciez le plus dans votre travail actuel?

Le contact avec mes électeurs.

Si vous aviez le pouvoir de changer une chose au système de santé, qu’est-ce que cela serait?

Je voudrais que les infirmières et les infirmiers puissent réaliser pleinement leur potentiel professionnel.

comments powered by Disqus
http://www.canadian-nurse.com/fr/articles/issues/2011/septembre-2011/une-nouvelle-deputee-se-lance-a-fond